swiss timing
We are Swiss Timing WE ARE SWISS TIMING
  • Texte de Philippe J. Silacci
  • Préface de Didier Burkalter
  • Réalisation de Marlyse Schmid
  • Scans et photolitho de Bernard Muller
  • Traduction anglaise de Allison Zurfluh
  • ISBN 13 : 978-2-940239-21-4
  • 2014

Le sport, dans son acception moderne la plus large, doit une bonne part de son essor à la mesure du temps et à ses applications dérivées. Il lui est redevable d’avoir créé les conditions techniques permettant aux athlètes des différentes disciplines d’évaluer leurs performances, de les comparer, de les afficher, avant que les media et les sponsors ne retirent la galette du four pour se partager ensuite le commentaire, l’analyse et le gâteau publicitaire.
Si l’explosion médiatique du sport a pu avoir lieu, elle le doit au binôme chronométrage-media, télévision en tête. En intégrant le temps à l’image, en filmant le temps sur une ligne d’arrivée, les horlogers ont ouvert au sport les portes des stades et des gymnases. Confiné dans le cercle fermé des fédérations, le chronométrage s’est soudainement trouvé sur la place publique, visible de tous. Lors de l’invention de l’Omegascope en 1961, un dispositif qui permet de superposer les chiffres d’un temps tournant (et le logo Omega !) sur les écrans de télévision, l’un des pionniers du chronométrage moderne, Jean-Pierre Bovay, déclarait avec justesse : « Le chronométrage est devenu une maison de verre pour des millions de téléspectateurs et doit par conséquent relever un nouveau défi. Il n’a plus droit à l’erreur ! ».
Le chronométrage moderne était né.
Pour les horlogers concernés, le sport leur fournira également une tribune que leurs publicitaires ne se sont pas privés d’exploiter. L’un et les autres avaient historiquement destins liés. A l’échelon national, avant la pacification née de la création de Swiss Timing, ces mêmes horlogers s’entredéchiraient, se saignaient économiquement pour occuper l’avant-scène, accroître leurs leaderships. Etre le premier. Faire mieux que le voisin.
Aussi, l’Histoire du chronométrage sportif suisse est-elle à certains égards celle de sa mère nourricière, l’horlogerie, tout à la fois une succession de querelles de chapelles et de réussites technologiques spectaculaires, de coups fumants, voire tordus. A l’échelle de la Suisse, c’est aussi un acte politique fort dont l’impact est mesurable aujourd’hui encore sur le plan international.
Fille de chicaneries horlogères patriarcales, née dans l’urgence de la crise qui martelait à coups de quartz japonais l’industrie des garde-temps helvétiques à la fin des années 60, la Société Suisse de Chronométrage Sportif SA s’est révélée très rapidement l’instrument de promotion, de communication dirons-nous aujourd’hui, que toute la branche, le pays attendaient. Le 3 juillet 1972, les horlogers sonnent donc le rassemblement et reprennent ensemble l’initiative sur un terrain déjà médiatisé : le sport et ses passions, sa dramaturgie, ses amours sincères souvent, incestueuses parfois, ses liaisons dangereuses avec l’argent, le pouvoir.
Il y avait en effet urgence que cette industrie historique engage ses forces humaines et matérielles sur ce front. Et qu’on en parle. Très vite la société se dresse comme un pare-feu derrière lequel les marques s’empressent d’élever leur niveau technique et d’affûter leurs stratégies commerciales, face à une concurrence de plus en plus aigüe.
Pour les sceptiques, pour celles et ceux qui ont cru trop vite à l’agonie de cette industrie nationale en proie aux luttes tribales, le chronométrage suisse a su créer une onde de choc et réveiller les consciences. Il est devenu le dénominateur commun capable de passer par-dessus les Familles, les clans, les baronnies horlogères. En fins stratèges, les chronométreurs ont choisi leur terrain : le sport. Ils y ont invité leurs adversaires et démontré que l’horlogerie suisse sait relever les défis. Gagner.
Avant tout le monde, Swiss Timing et ses premiers visionnaires, ont très vite compris que la notoriété technologique et industrielle au-delà du XIX e siècle, se gagne dans les stades et dans les gymnases. Plus dans les observatoires.
Résultat : de 1976 à nos jours et pour quelques années encore, les horloges olympiques sont suisses. La messe était dite pour l’adversaire. A quelques exceptions près ! Barcelone en 1992 sera la première. Une erreur de casting, nous le verrons.
En 40 années, Swiss Timing est devenu un acteur incontournable du microcosme sportif mondial. Son action a durablement imprégné le fonctionnement du sport et des fédérations, des associations qui le régissent. Si les horlogers savaient mesurer du temps, ils ont appris à le photographier, à l’afficher. Ils ont franchi le Rubicon en pactisant avec l’informatique et les étoiles filantes qui ont traversé le ciel du Mont Olympe, Commodore, IBM, CII-Honeywell Bull, Olivetti. L’horloger se mue alors progressivement en informaticien, une destinée qu’il s’est longtemps refusé à embrasser.
La société et ses quelque 400 collaborateurs dans le monde est aujourd’hui toujours aux services du temps et des marques du Swatch Group qui la sollicitent pour soutenir leur communication.
Son histoire est celle d’hommes, du temps, du sport. De leur impact sur le développement socioculturel. Cette fusion de l’Homme et du Temps, initiée dans la Grèce Antique, marque encore aujourd’hui de son empreinte le sport à son plus haut niveau d’expression, les Jeux Olympiques.
Dans cet immense univers du sport, où les passions occultent parfois la raison, Swiss Timing reste le Gardien du Temple. Imperturbable, sans état d’âme, froid comme le temps qui passe. Le glaive en main, garant d’une justice sportive élevée en vertu cardinale. Sa notoriété, sa probité ne sont plus à démontrer. Les rares erreurs enregistrées furent humaines, preuve s’il en est que les chronométreurs aussi performants soient-ils, n’en demeurent pas moins des hommes et des femmes au-dessus de tout soupçon et faillibles.
Il est en effet l’élément central de tout ce processus :
un homme, une femme. Un chronométreur. Il est l’observateur privilégié évoluant entre l’athlète, sa fédération d’une part et les media, le public d’autre part. Il est très certainement le premier rôle le moins médiatisé, le moins adulé du spectacle sportif. Le moins payé aussi. Il est en revanche celui qui prend tous les risques.
Si l’athlète échoue, on dira qu’il est hors de forme et on pardonnera. Si le chronométreur faillit à sa tâche, on criera à l’incompétence, au scandale et des têtes tomberont.
C’est cette histoire de sport, d’hommes, de technologies qui est brièvement contée ici et qui a la seule ambition de rétablir parfois les faits dans leur contexte historique, industriel, humain.
Une façon de remettre certaines pendules à l’heure, l’église et son horloge au milieu du village !

Philippe J. Silacci
EMC Concept, La Jonchère

 


La maquette et la mise en page sont réalisées par Schmid-Muller Design à Chézard-Saint-Martin .

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10/10/16 11:20