Éditions de la Chatière

La maison d’édition La Chatière, sise à Chézard-Saint-Martin, est née de la réalisation
de trois ouvrages de géographie, d’histoire et de sciences naturelles, offerts aux élèves primaires de 4e et 5e années, dès 1998, elle s’est fixée entre autres buts de mieux faire connaître le passé de la région et du canton.

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1981 LA ROUTE DE LA SWATCH et après...

Texte de : Philippe J. Silaci

CHF 39.00

PRÉFACE D’ERNST THOMKE
Souvenez-vous !

A la fin des années 1970, l’industrie horlogère suisse traversait une crise majeure profonde. Au fil des mois, nos marques, nos usines perdaient des parts de marché, victimes d’une concurrence japonaise agressive.
Au cœur du management des entreprises composant le groupe des producteurs d’ébauches, nous étions dos au mur. Exercice après exercice, nos ateliers produisaient des quantités de plus en plus faibles et à des coûts de plus en plus élevés.
A l’automne de 1979, dans cette situation d’urgence extrême, en ma qualité de responsable des usines d’ébauches d’ETA, j’ai invité mes collègues les plus proches à une séance de « brainstorming », dans notre centre de formation de l’époque, au Château de Vaumarcus.
A l’ordre du jour, un seul sujet classifié hautement et strictement confidentiel. J’ai pris la parole en ces termes :
« Bien que nos usines d’ébauches aient, selon les propriétaires, l’interdiction de fabriquer un produit terminé, avons-nous la capacité industrielle de développer, de produire et de commercialiser nous-mêmes une montre à faible coût de fabrication, afin d’utiliser à nouveau et pleinement nos moyens de production, ce qui est, aujourd’hui, loin d’être le cas ? »
Au soir de cette journée mémorable, nous avions élaboré un cahier des charges pour une telle montre.
En voici, en résumé, les éléments principaux :
– Une montre de haute qualité, entièrement produite en Suisse.
– Production et assemblage entièrement automatisés.
– Coût de fabrication, inférieur à CHF 10.- !
En d’autres termes, une tâche quasi insoluble pour nos ingénieurs horlogers !
Pendant longtemps, je n’ai eu que très peu de nouvelles de l’avancement de ce projet et cela malgré mes demandes d’informations répétées. Nos collaborateurs étaient visiblement plus occupés à rattraper le retard technique sur les mouvements à quartz traditionnels.
J’ai consulté alors un ami de longue date et expert en marketing, Franz Sprecher et lui ai demandé de plancher avec moi sur un concept de marketing pour « LA » montre encore inexistante. Détail pittoresque, c’est sur les murs bruts et encore non plâtrés de ma vieille maison, en phase de rénovation, que nous avons écrit les points fondamentaux les plus importants de notre stratégie.
Le critère bon marché n’était pas le seul. Mais nous voulions un produit inspirant un style de vie, en parfaite adéquation avec les mouvances culturelles, avec les tendances de la mode. Il nous manquait encore et surtout un concept technique pour notre montre.
Puis, comme dans un conte de fées, un miracle s’est produit. Un jour de 1980, deux jeunes ingénieurs, très culottés, ont frappé à la porte de mon bureau. Sans rendez-vous. A l’improviste. Et sans en informer leurs supérieurs hiérarchiques respectifs !
Ils m’ont confié avoir mis au point un nouveau type de montre. Ils ont déposé sur mon bureau un dessin, une esquisse assez primitive de leur conception et m’ont demandé, le plus naturellement du monde, un crédit de plusieurs centaines de milliers de francs… pour acheter une presse à injecter le plastique !
Furieux, dans un premier temps, devant le culot et l’impertinence de ce Jacques Müller et cet Elmar Mock, je leur ai indiqué la porte, assorti d’un sec au revoir. J’ai conservé toutefois leur dessin afin de pouvoir l’étudier, le calme revenu.
Et voilà la naissance de la Swatch !

Jacques et Elmar ont obtenu finalement leur « machine ».
Commence alors pour eux le voyage passionnant, difficile, douloureux, qui les conduira de leur idée originale, vers un produit commercialisable, qui doit répondre en tous points aux critères définis dans notre cahier des charges initial.
Mais pour y parvenir, nous avions besoin d’autres « génies » du même calibre que celui du tandem Müller / Mock.
Nous avions devant nous un autre défi de taille encore jamais réalisé par quiconque dans l’industrie horlogère : celui de concevoir et de mettre en œuvre une ligne complète de production entièrement automatisée.
Une fois encore, la chance nous a souri. Avec la venue de Willi Salathé, j’ai eu dans mon équipe un physicien de talent qui, avec les concepteurs de la montre et ses ingénieurs mécaniques, a réalisé cette merveille en moins de deux ans.
Un élément toutefois, peut-être le plus important, manquait encore : l’esthétique.
Non seulement la montre devait être fiable, de haute qualité, tout en restant bon marché, mais elle devait aussi être belle, unique et inimitable. Une montre reconnaissable au premier coup d’œil comme un original Swatch. Une tâche, à l’évidence, vraiment difficile pour de futurs designers.

Dans ce livre, Philippe Silacci raconte avec brio la merveilleuse histoire de Marlyse Schmid et Bernard Muller, leur parcours créatif vers le destin d’une montre magnifique, unique, taillée dans le diamant brut Müller / Mock.
Malgré les incalculables oppositions, les intrigues, les jalousies et les usurpations, ils ne perdront jamais leur humour espiègle et leur esprit positif. Dans leur petit paradis du Val-de-Ruz, ils ont résolument créé les premières collections Swatch, avec lesquelles nous avons conquis le monde. Sans leur créativité, Swatch ne serait jamais devenue ce qu’elle est aujourd’hui.
Ce gigantesque succès mondial a redonné des ailes à toute l’industrie horlogère suisse.
Marlyse et Bernard peuvent en être fiers et pour cela, ils méritent toute notre gratitude !

Ernst Thomke